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Côtoyer une personne que l'on aime et qui vit un trouble
anxieux n'est pas facile. Nous avons souvent l'impression que tout notre
univers bascule parce que la personne n'est plus comme avant. Et lorsqu'elle
s'accroche à nous comme si nous étions sa seule bouée de sauvetage, nous
pouvons avoir peur d'être emportés nous aussi par la tourmente. Lorsque cela
se prolonge au fil des mois, des années, la famille, les proches, peuvent
s'essouffler et cherche alors de l'aide.
Mon objectif lors de cette intervention est justement de
vous donner des pistes pour vous aider à soutenir cette personne que vous
aimez et qui souffre. Et à apprivoiser les troubles anxieux et leur impact
dans la vie quotidienne.
NALPA ayant entre autre un rôle de conseil et de soutien
pour les parents, amis des personnes qui souffrent de trouble anxieux, nous
souhaitons qu'en partageant avec vous ces renseignements, vous puisiez des
points de repères qui vous aideront à traverser cette période difficile et
à conserver malgré tout votre équilibre, énergie et optimiste.
DEVRAIS-JE LUI PARLER OUVERTEMENT DE SON TROUBLE ANXIEUX ?
Devant la maladie d'un proche, que ce soit un cancer ou un
trouble anxieux, il arrive fréquemment de se demander s'il est bon d'aborder
directement la question de la maladie avec la personne ou plutôt de se taire.
Il n'existe pas de réponse uniforme pour tous à ce sujet, car cela dépend à
la fois de nous, de l'autre personne et de la relation que nous avons avec cette
personne. Ainsi, si nous sommes de ces personnes qui ont l'habitude de parler
directement d'un problème, nous serons probablement portées à l'aborder
directement avec la personne. Celle-ci connaissant notre façon habituelle
d'agir ne sera pas surprise. Si au contraire, nous évitions d'aborder les
problèmes directement, le fait de l'aborder directement pourrait surprendre
l'autre personne. Il est donc important que nous restions nous-mêmes.
Quant à l'autre personne, c'est possible qu'elle ne soit pas
a l'aise de parler ouvertement de ce qu'elle vit. Si elle a l'habitude de se
confier, il est probable qu'elle le fasse aussi pour cela. La meilleure façon,
c'est de respecter son rythme et d'attendre qu'elle ouvre une porte. Il sera
alors possible d'aborder le sujet.
Enfin, même si la personne vit un trouble anxieux, cela
demeure la même personne avec qui nous avons une relation. Si notre relation
était bonne avant, il sera facile, la situation de crise passée, de renouer
contact et de continuer à l'accompagner dans ce qu'elle vit.
Il arrive cependant que la situation de crise vienne
bousculer une relation où il existait déjà des conflits. C'est difficile de
reprendre contact après la situation de crise. Il faut demander de l'aide pour
trouver des solutions aux vieux conflits, si nous voulons trouver l'harmonie
dans la relation avec l'autre. L'association NALPA pourra vous aider dans cette
démarche.
COMMENT RECONNAÎTRE QUE LA PERSONNE A BESOIN
D'AIDE ?
Le principal indice est un changement dans ses attitudes, son comportement:
- Elle s'isole davantage; ou au contraire elle a peur d’être
seul,
- Elle ne s'exprime plus de la même façon; peur d’être exposé au
jugement d’autrui,
- Elle commence à avoir des crises de paniques, crises d’angoisse, sa
volonté ne peut agir sur son anxiété, syndromes d’évitement ,
pensées répétitives et anticipatoires,
- Elle a la sensation qu’un événement négatif la menace ;
sensation de danger imminent et mal identifié,
- Elle dort peu ou passe son temps à dormir;
- Elle mange de moins en moins ou continuellement;
- Elle consomme davantage de médicaments, d'alcool ou des drogues,
- Elle cesse de prendre ses médicaments;
- Etc.
Bref, nous ne la reconnaissons plus!
La situation devient de plus en plus délicate avec le temps, nous avons
de plus en plus de difficulté à vivre le quotidien avec cette personne,
alors que faire?
QUE FAIRE?
Devant la souffrance de l'autre personne, nous ne réagissons
pas tous de la même façon. Certaines personnes vont intervenir tout de suite
et essayer de régler le problème de l'autre. D'autres personnes vont hésiter
à s'impliquer, vont observer ou ne vont agir que lorsque la situation n'est
plus viable pour personne.
D'autres personnes vont carrément ignorer et fuir la
souffrance de l'autre, la laissant aux prises avec ses problèmes.
Nous n'avons pas à juger ces réactions, parce qu'elles
reflètent ce que nous sommes, des êtres humains avec des limites et des
imperfections.
Une fois que nous avons reconnu la souffrance de l'autre, il
faut se demander ce que nous sommes prêts à faire pour l'aider: lui parler,
l'amener chez un psychiatre ou son médecin, demander conseil à une ressource
en santé mentale, association, etc.
Il est préférable de respecter nos propres limites plutôt
que de faire semblant que nous sommes un bon <samaritain. La personne
souffrante sent nos contradictions et tôt ou tard, nous devrons avouer notre
impuissance à tout assumer seul.
Une fois que nous avons identifié ce que nous pouvons
donner, nous pouvons mieux aider la personne.
COMMENT AMENER LA PERSONNE A CONSULTER?
Il est toujours préférable d'impliquer la personne dans la
démarche d'aide, c'est elle qui souffre et si elle reconnaît sa souffrance,
elle acceptera davantage que nous l'aidions.
Dans un premier temps, il faut donc essayer de lui parler de
ce qui se passe, de ce que nous avons observé.
- Nous devons lui demander comment elle se sent dans sa peau, s'il y a des
choses qui la préoccupent ces derniers temps?
- Nous devons lui parler de notre inquiétude: "Tu n'es plus la
même, je te sens tourmentée, tendue depuis quelque temps, je crois que
tu as besoin d'aide". "Moi, je ne sais pas quoi faire pour
t'aider là-dedans."
Évitons de la juger, de la blâmer, prenons le temps
d'écouter son point de vue. Soyons patients car la personne doit sentir que
nous la respectons. Elle sera alors plus ouverte à tenir compte de notre
opinion.
Nous pouvons lui demander si elle est prête à aller
consulter un spécialiste, lui offrir de l'accompagner chez un médecin ou
chez un thérapeute. La plupart du temps, la personne va accepter de nous
accompagner. Nous avons souvent peur qu'elle refuse ou qu'elle se choque et
nous n'osons pas lui parler franchement de nos inquiétudes. Pourtant, le
fait que nous parlions de la situation apporte un soulagement autant à la
personne qui souffre qu'à son entourage.
Il arrive que la personne soit trop préoccupée par ce
qu'elle vit et qu'elle refuse de consulter malgré notre insistance.
Cette démarche n'est pas facile et demande beaucoup
d'énergie. Il est donc préférable de convaincre la personne qu'elle a
besoin d'aide. Parfois, après plusieurs essais, nous finissons par y
arriver à l'y amener avec son accord.
EST-CE QU'ELLE VA M'EN VOULOIR?
Souvent, nous hésitons à prendre une décision parce que
nous craignons que l'autre personne ne soit choquée contre nous. Si nous
jugeons que la situation n'est plus viable, que malgré nos demandes
répétées, la personne ne veut pas aller chercher de l'aide et qu'il faut
faire une démarche auprès d’un médecin, d’un thérapeute, d’une
association, il vaut mieux agir que de ne rien faire. Ne rien faire signifie
entretenir un climat d'insécurité chez l'autre personne et dans son entourage.
Même si nous sommes maladroits et que nous n'avons pas les bons mots, ce n'est
pas grave. Ce qui est important, c'est de recréer un climat de sécurité. En
ne paniquant pas, nous aidons l'autre personne à ne pas se désorganiser
davantage et à contrôler son anxiété. Par contre, ne rien faire, c'est
entretenir son angoisse intérieure. Il faut nous dire que la personne n'est
momentanément pas en mesure de juger correctement ce qui est bon pour elle et
que nous devons agir dans son intérêt.
Même si elle nous fait des reproches, une fois l’événement
passé et son équilibre retrouvé, il sera toujours temps d'en reparler à
tête reposée et d'explorer les façons de faire pour lui venir en aide
lorsqu'il y aura une autre situation délicate.
EST-CE QUE CELA VA DONNER QUELQUE CHOSE DE CONSULTER?
Il arrive que lorsque nous faisons une démarche pour une
consultation, et que cela ne se déroule pas comme nous le souhaiterions. Soit
que la personne est vue par un médecin, un thérapeute et qu'il juge qu'elle
n'a pas besoin de soin, soit que la personne refuse le traitement ou qu’elle
ne collabore pas sérieusement à son traitement et qu'elle se retrouve donc
dans le même état qu'auparavant.
La prise en charge d'une personne n'entraîne pas sa
guérison par magie. Nous ne pouvons pas prévoir ce qui va arriver et la
personne peut se mettre elle-même des bâtons dans les roues. Mais lorsque nous
avons épuisé tous les autres moyens, il vaut mieux aller jusqu'au bout. Nous
aurons au moins le sentiment d'avoir tout fait pour l'aider.
Dans les troubles anxieux, la personne a un rôle à jouer
dans son rétablissement. Ce n'est pas seulement aux parents, au conjoint, aux
proches d'essayer de soulager la personne. C'est surtout à elle de s'impliquer
activement pour retrouver son équilibre.
Comme parents, conjoint, proches, nous avons des limites. Il
nous faut reconnaître qu'il y a d'autres personnes qui peuvent jouer un rôle
dans le soulagement de la personne. Faisons notre part et laissons aux autres
leur rôle. Il n'est pas toujours facile pour la personne d'accepter ses
troubles anxieux. Il est probable aussi qu'elle se révolte contre ce handicap.
Un jour cependant, elle apprendra à vivre avec cela. Elle pourra trouver ses
propres solutions pour atteindre un équilibre dans sa vie.
QUE FAIRE PENDANT LA CONSULTATION?
Ne nous gênons pas pour accompagner la personne dans le
cabinet du médecin, du thérapeute et pour faire part de nos commentaires, nos
observations, nos questionnements et nos inquiétudes.
Si nous ne comprenons pas ce qui se passe, nous pouvons poser
des questions. Souvent la personne présentant des troubles anxieux se sent
tellement démunie qu'elle ne sait que dire ou que faire.
Ne nous gênons pas pour parler au thérapeute ou au
médecin. Demandons-lui clairement ce qu'il pense de la situation, et ce qu'il
compte faire pour soulager la personne. S'il veut voir la personne seule
d'abord, insistons pour lui parler par la suite.
Nous devons nous armer de patience, de douceur, de
compréhension et voir de fermeté. L'attente avant la consultation peut-être
longue, et la personne peut vouloir s'en aller au lieu de patienter. Soyons
persévérants!
QUE VA FAIRE LE MEDECIN, LE THERAPEUTE ?
Le principal objectif du suivi, du parcours est d’améliorer,
voir de stopper la situation d’anxiété de la personne et de l’aider à
rétablir son équilibre, pour qu'elle redevienne plus fonctionnelle. La façon
d'agir peut varier d'un thérapeute, d’un médecin à un autre.
Durant une période d’anxiété aiguë, la personne pourra
être vue plusieurs fois par le thérapeute, le médecin dans une même semaine
pour permettre, un soutien thérapeutique plus rapproché ou/et un ajustement de
la médication et du traitement requis.
Lorsque nous nous posons des questions sur le traitement, la
thérapie ou sur l'attitude à prendre, n'hésitons pas à contacter le
thérapeute, le médecin, responsable du suivi de la personne. Ce professionnel
est le mieux placé pour nous renseigner et nous rassurer.
COMMENT SE PRÉPARER A UNE RECHUTE?
Qu'on le veuille ou non, il peut arriver que la personne vive
une rechute. Il est important de faire le point sur ce que nous venons de vivre
avec la personne et d'en tirer une leçon. Si jamais cela se reproduit, nous
saurons quoi faire et nous risquerons moins de perdre le contrôle de
nous-mêmes et de la situation.
Prenons le temps de faire un bilan de ce que nous avons
vécu, de ce que l'autre personne a trouvé difficile, de ce qu'elle a
apprécié dans l'aide apportée, de ce que nous avons trouvé difficile et de
ce que nous avons apprécié dans l'aide qu'on nous a apportée. Peut-être
aurons-nous à reconnaître certaines erreurs, la personne également! Ce n'est
pas grave! Tout le monde a le droit de se tromper.
A partir de là, retenons le positif, ce qui a bien
fonctionné et ce qui pourrait être fait pour que la situation s'améliore la
prochaine fois.
- À qui la personne peut-elle se confier quand ça ne va pas?
- Qui devons-nous contacter en cas de crise d’anxiété aigu?
- Quelle personne peut l'accompagner chez un médecin? Il est important
que la personne qui souffre soit à l'aise avec celle-ci et que nous
vérifions si cette personne est disponible à l'accompagner.
- Qui s'occupera des affaires de la personne? Ex.: prévenir l'employeur,
nourrir le chat,etc.
- Qui pourra nous remplacer si nous sommes malades ou décédés?
Prenons en note ces renseignements et donnons-en une
copie à chaque personne concernée, cela évitera bien des malentendus
Rappelons-nous que ce n'est pas parce que nous parlons
d'une nouvelle crise qu'il y en aura une, mais au moins tout le monde saura
quoi faire et ainsi l'intensité de la crise sera moins grande parce que
l'entourage ne paniquera pas.
EST-CE QUE C'EST GRAVE SI JE N'Y VAIS PAS UN SOIR?
Lorsque la personne vie seule, nous nous demandons souvent
que faire. Certains parents, proches, vont lui rendre visite tous les jours,
d'autres tous les deux jours, d'autres pas du tout. Il n'y a pas de bonne ou
mauvaise façon d'agir. Apprenons à respecter nos limites: si nous sommes à
l'aise d'aller chez la personne chaque jour, allons-y; si par contre, nous
sommes bouleversés à chaque rencontre, nous devrions espacer nos visites. Il
est important que nous nous sentions à l'aise lors de nos visites, parce que la
personne sentira notre ambivalence et sera indisposée par notre malaise. Elle
aura tendance à s'imaginer toutes sortes de choses plus ou moins fondées.
Si nous remarquons que la personne ne semble pas désirer
notre visite, qu'elle ne semble pas l'apprécier, il est préférable de nous
abstenir ou d'espacer nos visites. Après un certain temps, elle pourrait mieux
apprécier notre présence.
N'hésitons pas à demander l'avis du thérapeute, du
médecin sur la fréquence des visites et sur la façon d'agir pendant ces
visites. Ils pourront nous aider.
EST-CE QUE JE DOIS SATISFAIRE TOUS SES DESIRS?
Certains parents, proches se sentent mal devant la souffrance
de la personne qu'ils aiment et ils sont tentés, à chaque fois, de la couvrir,
de cadeaux, de gâteries, de bonbons, de cigarettes, etc.
Ce n'est pas parce que la personne est souffre de troubles
anxieux, que nous sommes obligés de répondre à tous ses désirs. Là aussi,
nous devrons définir nos limites. Nous avons le droit de dire non et de traiter
l'autre personne sur un pied d'égalité. Même si elle est phobique, ce n'est
pas un bébé. Nous lui rendons davantage service en nous faisant respecter, et
en refusant certaines demandes qui nous paraissent exagérées. Par là, nous la
préparons à reprendre la vie normale, où il n'y aura personne qui pourra
satisfaire tous ses désirs.
QU'EST-CE QUE JE VAIS FAIRE APRES LA GUERISON DE LA
PERSONNE?
À un certain moment donné, il faudra envisager la guérison
de la personne. Il serait important que nous ayons fait le point sur
nous-mêmes:
- Suis-je prêt à la garder chez moi?
- Est-ce que je suis prêt à continuer comme avant?
- Jusqu'où suis-je prêt à continuer comme avant?
- Comment réagissent les autres membres de la famille?
Souvent, nous ne prenons pas le temps de regarder nos
besoins ni ceux de l'autre. Comme parents, nous oublions que notre enfant
est capable d'assumer certaines responsabilités, qu'il a des besoins
différents des nôtres.
Nous pouvons être portés à faire les choses à sa
place, alors que la personne n'a probablement besoin que d'être soutenue,
encouragée, aimée pour ce qu'elle est.
VIVRE LE QUOTIDIEN
QU'EST-CE QUE JE VIS?
Lorsqu'une personne qui nous est chère vit un trouble
anxieux, nous passons à travers une série d'émotions.
Pendant la période de crise, nous nous retrouvons souvent en
état de choc, nous posons des gestes sans trop y faire attention: lui rendre
visite, s'occuper de ses affaires urgentes, etc. Nous n'avons pas le temps de
nous attarder à nos émotions, à notre vécu. Nous sommes comme dans la brume.
Puis, peu à peu, la brume se dissipe et des émotions de colère, de peine, de
culpabilité surgissent. Nous nous en voulons ou nous en voulons à l'autre de
ce qui arrive. Nous nous demandons quelles erreurs nous avons pu commettre, ce
que nous aurions pu faire pour éviter cela, comme si sa maladie était de notre
faute.
Puis avec le temps, nous reprenons peu à peu confiance en
l'autre, en nous et en la vie. Toutes ces étapes sont les mêmes que lorsque
nous vivons un deuil. Dans le fond de nous-mêmes, il y a un rêve qui meurt à
chaque crise d’anxiété, le rêve de voir notre enfant, notre conjoint, notre
frère ou sœur, être comme nous l'avions imaginé. A chaque fois, c'est
éprouvant et difficile à vivre. Nous risquons même de nous épuiser
physiquement et moralement.
Alors que faire pour prendre soin de nous-mêmes?
Prendre soin de nous, ce n'est pas être égoïste, c'est
juste veiller à ne pas décharger inutilement nos batteries. Lorsque nous
sommes épuisés, nous nous emportons facilement et tout nous semble une
montagne. Prenons le temps de faire le point sur nous-mêmes, sur nos émotions
et sur les problèmes que nous rencontrons. Prenons aussi le temps de nous
reposer, de refaire le plein d'énergie. Nous serons davantage en mesure
d'assumer au fur et à mesure chaque difficulté que nous rencontrerons.
À QUI LA FAUTE?
Les troubles anxieux que vit une personne ne sont pas causés
par des erreurs de la personne ou de son entourage. Les études en santé
mentale tendent à montrer que ce sont plusieurs facteurs qui influencent
l'apparition de troubles de santé mentale. Il y a d'abord la constitution de la
personne (l'aspect biologique): certaines personnes ont davantage de
prédispositions à développer des problèmes cardiaques, d'autres aux reins,
d'autres au niveau mental.
Il y a aussi la personnalité de l'individu (l'aspect
psychologique): certaines personnes sont plus réservées, voire renfermées,
alors que d'autres sont portées à exploser, à tout dire ce qu'elles ont dans
la tête.
Enfin, il y a l'environnement (l'aspect social): on a
remarqué des différences dans les troubles de santé mentale selon la culture
du pays où les gens vivent, ainsi les Orientaux ne vivent pas les problèmes de
la même façon que les Occidentaux. Il faut donc tenir compte du milieu dans
lequel la personne vit, de ses habitudes de vie, des gens avec qui elle vit et
des relations qu'elle a avec eux.
Lorsqu'une personne vit un trouble de santé mentale, on doit
considérer l'ensemble de ces facteurs Ça ne sert à rien de chercher un
coupable. Il faut plutôt voir quel aspect a besoin de réajustement, de soutien
pour aider la personne à retrouver l'équilibre.
Même si nous prenons la responsabilité de la maladie de
l'autre sur nos épaules, cela ne la soulagera pas; au contraire, nous serons
deux à souffrir.
Rappelons-nous que la personne vit un bouleversement dans sa
vie et qu'elle éprouve de la difficulté à franchir une étape du cycle de sa
vie. Cette difficulté se traduit par un trouble de santé mentale.
Il ne sert à rien d'accuser l'autre ou de nous culpabiliser.
L'important, c'est de prendre du recul et d'observer ce qui se passe. Nous
serons ainsi mieux placés pour trouver une solution.
Prendre du recul, c'est faire comme lorsque nous étions à
l'école et que nous butions sur un problème de calcul: nous le laissons là
sans solution pendant la nuit et le lendemain, nous l'abordions différemment et
trouvions souvent la solution.
C'est la même chose dans les relations humaines et les
conflits entre deux personnes. Nous pouvons nous permettre de prendre du recul
pour y voir plus clair. Voici quelques points de repères pour faire ce recul.
COMMENT RÉSOUDRE UN PROBLÈME?
Préciser quel est le problème
Préciser comment nous réagissons face à cela
Préciser ce que nous voulons régler en premier
À qui appartient le problème?
Quand nous vivons un problème de relation avec une autre
personne, nous sommes souvent portés à la juger, à penser que c'est de sa
faute si ça ne va pas, qu'elle a de la mauvaise volonté, etc.
Juger l'autre ne nous avance pas à trouver une solution; au
contraire, ça augmente la résistance chez l'autre personne car elle ne se sent
pas respectée.
Avant de porter un jugement, prenons le temps de nous
arrêter et d'analyser la situation.
LORSQUE LE PROBLÈME M'APPARTIENT, QUE PUIS-JE FAIRE?
1- D'abord reconnaître que le problème m'appartient
Cela veut dire que je reconnais que c'est moi qui souffre de
la situation et que je ne peux changer l'autre, ni le forcer à reconnaître
qu'il y a un problème. Lorsque nous élevons un enfant, il arrive que nous
devons le punir ou le priver pour l'aider à corriger des comportements
inacceptables selon nous. Nous lui apprenons nos valeurs. La personne qui
souffre d'un problème de santé mentale est un adulte et nous ne pouvons lui
imposer nos valeurs, nos croyances. Il faut alors trouver d'autres moyens que la
contrainte. Rappelons-nous que nous n'avons du pouvoir que sur nous-mêmes et
seulement en changeant nos façons habituelles d'agir, il est possible de
susciter un changement dans la situation problématique que nous vivons.
2- Observer ma façon de réagir devant la situation
Il faut nous regarder agir devant le problème, écouter le
ton de notre voix et observer à quel moment nous perdons le contrôle de nos
émotions. Lorsque nous perdons le contrôle de nos émotions (crier, bougonner,
s'emporter) nous ne pouvons installer un climat favorable avec l'autre personne.
Il vaut mieux nous retirer, nous calmer, puis après, revenir pour trouver une
solution.
3- Choisir une autre façon de réagir devant le problème
L'important, c'est de ne pas refaire ce que nous faisons
habituellement. Nous pouvons choisir parmi les moyens suivants:
a) Ignorer le comportement désagréable
Ex.: fermer la porte de sa chambre et ne pas faire allusion
à ce sujet.
b) Valoriser les bons comportements
Souvent, nous oublions les bons instants et toute notre
attention porte sur ce qui ne va pas. Le fait de souligner ce qui va bien est un
encouragement à agir dans cette voie.
Ex.: J'aime ça quand tu fais la cuisine. J'aime ça quand on
écoute la télé ensemble.
c) Avoir des messages clairs
Souvent, nous prenons pour acquis que l'autre personne sait
ce que nous voulons. Il est important d'être le plus clair possible. Au lieu de
crier de la cuisine au salon, il vaut mieux aller près de l'autre et lui dire
notre message clairement: Pierre, peux-tu m'aider à sortir les poubelles,
merci. Souvent, nous sommes portés à donner un ordre au lieu de demander, ce
qui entraîne davantage de résistance chez l'autre.
d) Être cohérent dans mes exigences
Beaucoup de parents sont portés à faire des menaces pour
faire peur et forcer leur enfant à agir, mais lorsque celui-ci ne fait pas ce
qui est demandé, les parents n'appliquent pas la punition. Si nous utilisons
les punitions comme menaces, soyons prêts à les appliquer ou sinon, arrêtons
de menacer, ça ne sert à rien et nous perdons notre crédibilité. Peu importe
le moyen que nous prendrons, nous devrons être clairs avec nous-mêmes,
c'est-à-dire savoir jusqu'où nous sommes prêts à agir ou à endurer la
situation. Il vaut mieux ne rien faire plutôt que de tenter quelque chose dont
nous ne sommes pas convaincus.
e) Cesser de vouloir à la place de l'autre
Comme parents, nous sommes souvent portés à vouloir faire
les choses à la place de l'autre, comme lorsqu'il était petit. C'est lorsque
nous cessons de vouloir à sa place que l'autre personne peut réaliser qu'il y
a un malaise, et peut agir. Il est alors possible de trouver un compromis.
Cesser de vouloir tout faire à la place de l'autre n'est pas
démissionner, mais plutôt prendre du recul et laisser aux graines que nous
avons semées, le temps de germer. Il faut donc être patient, comme tout bon
jardinier.
4- Accepter les limites de notre relation
L'autre personne ne sera jamais comme je le voudrais: il vaut
mieux que nous ne vivions pas ensemble, mais que nous nous rendions visite de
temps à autre, et que nous profitions des bons aspects de notre relation en
mettant ce qui ne va pas de côté. Parfois, vivre le quotidien vient nous faire
perdre de vue les aspects positifs chez l'autre personne.
Dans notre exemple, il serait peut-être souhaitable que le
fils aille vivre seul et que la mère et le fils cultivent leurs bons moments
ensemble plutôt que de continuer à mettre l'accent sur ce qui ne va pas entre
eux.
5- Être prêt à aller chercher de l'aide
Ce n'est pas facile d'avouer à une personne étrangère que
nous nous sentons dépassés, démunis, dans notre rôle de parent ou de
conjoint. Pourtant, se confier à quelqu'un, ça fait tellement de bien. Cela
nous permet souvent de voir notre problème sous un autre jour.
LORSQUE LE PROBLÈME APPARTIENT AUX DEUX PERSONNES, QUE PEUVENT-ELLES FAIRE?
Lorsque le problème appartient aux deux personnes, il est
possible de trouver un compromis, parce que les deux parties vont se sentir
concernées par la recherche d'une solution.
1- Reconnaître ce qu'il y a de commun dans la situation
difficile
Cela prend un certain temps avant d'admettre que nous ne
sommes pas bien dans une situation et que l'autre personne aussi peut en
souffrir. Dans notre exemple, ce n'est pas le fait que le garçon
ne fasse pas son lit qui est le problème, c'est davantage la tension
entre la mère et son fils. Tous deux ne se sentent pas respectés, ni compris
dans leurs valeurs. Si nous pouvons trouver ce qui est commun chez les deux
personnes, nous pouvons amorcer un processus de solution au problème.
2- Avoir le désir et la volonté de chercher une solution
Nous remarquons que dans un conflit de travail, cela prend un
certain temps avant que les patrons et les
employés ne s'assoient ensemble pour trouver une solution. Après que chacune
des parties ait accusé l'autre, la tension diminue au fil des jours et le
désir de trouver un compromis augmente; alors, les contacts peuvent reprendre.
3- Qui doit faire le premier pas?
Cela dépendra de nous. Tant que nous demeurerons choqués
contre l'autre personne, il vaut mieux ne rien tenter, sinon nous risquerions
d'aggraver les choses. Laissons nos émotions se calmer. Au besoin, allons nous
confier à quelqu'un en qui nous avons confiance et qui nous aidera à prendre
du recul. Il n'y a pas de honte à faire les premiers pas car l'important, c'est
de trouver une solution pour être bien ensemble.
4- Sommes-nous prêts à admettre nos torts?
Avant d'entamer une discussion avec l'autre personne, il faut
être prêt à reconnaître que nous avons pu faire des erreurs, même si
c'était pour son bien ou que nous croyions bien faire. Rappelons-nous qu'il n'y
a personne de parfait et que même si nous nous sommes trompés, cela ne nous
enlève pas notre valeur. Si nous sommes prêts à reconnaître que nous avons
pu nous tromper, nous devrions être prêts à écouter le point de vue de
l'autre.
5- Prenons le temps d'écouter son point de vue
Ce n'est pas facile d'entendre une version différente du
problème. Nous nous sentons facilement attaqués ou coupables de ce qui arrive,
d'où l'importance de respecter le point de vue de l'autre. C'est dans le
respect mutuel que nous pourrons trouver une solution et non pas en imposant
notre point de vue. L'autre personne a autant le droit que nous à son opinion,
à ses valeurs; si nous voulons qu'elle respecte notre opinion, respectons la
sienne. Ce n'est pas facile de recevoir l'opinion de l'autre quand nous pensons
avoir raison, sauf qu'il faut prendre le temps de l'écouter,
de l'analyser et de voir les points sur lesquels nous nous rejoignons et
les points sur lesquels nous ne nous entendons pas. C'est à partir de la vision
commune de la situation que nous pourrons trouver des compromis acceptables aux
deux personnes. Chacune doit en sortir gagnante.
6- Faire l'inventaire des solutions
Une fois que nous nous sommes entendus sur ce qui ne va pas,
nous pouvons nous laisser aller à imaginer les solutions possibles. Le plus
simple, c'est de faire une liste de tout ce qui pourrait être fait sans la
critiquer. Nous nous servons alors de notre créativité, et de là surgira
probablement une solution ou un moyen auquel personne n'avait pensé et qui
pourrait être acceptable pour les deux.
Une fois la liste faite, nous prendrons le temps de peser le
pour et le contre de chaque solution, pour finalement en retenir une seule.
L'important, c'est que la solution retenue convienne aux deux, que personne ne
sorte perdant. Parfois, il vaut mieux laisser ce travail de côté, quitte à y
revenir plus tard, le temps de laisser mijoter les idées, ou de dresser un
nouvel inventaire.
7- Choisir une solution et l'appliquer
Une fois que nous avons retenu la solution qui convient aux
deux personnes, il s'agit de la mettre en pratique. Nous décidons alors quand
nous commencerons et quand nous ferons un retour ensemble pour discuter du
déroulement de la situation retenue. Souvent, nous oublions de faire un retour
et il y a un danger que le conflit revienne parce que nous avons oublié de nous
rappeler à l'ordre. Changer un comportement n'est pas facile. C'est comme un
pli permanent d'un vêtement qui ne disparaît pas au premier lavage. Il faut
que les deux parties continuent de se parler et de s'ajuster pour maintenir
l'équilibre qu'ils ont bâti ensemble.
Choisir de négocier et de trouver un compromis n'est pas une
chose facile, mais lorsque nous prenons le temps de le faire et que nous y
parvenons, nous pouvons ressentir une grande paix, une grande satisfaction
personnelle. C'est à la fois le défi et la joie des relations humaines.
POINTS DE REPÈRE POUR TROUVER DES SOLUTIONS ET VIVRE LE
QUOTIDIEN
1- Quel est le problème que je vis avec l'autre?
Faire la liste des comportements qui me dérangent.
2- A qui appartient le problème?
Il s'agit de voir qui souffre le plus de cette situation.
3- Si le problème m'appartient, je peux:
· Reconnaître que j'ai du pouvoir sur moi mais pas sur
l'autre; · Observer ma façon habituelle de réagir; · Changer ma façon de
réagir; · Reconnaître que j'ai des limites et que ma relation avec cette
personne a des limites également; · Aller chercher de l'aide.
4- Si le problème nous appartient à tous les deux, je peux:
Reconnaître ce qu'il y a de commun dans la situation
difficile; Avoir le désir et la volonté de chercher avec l'autre une solution;
Décider de faire le premier pas; Admettre que j'ai des
torts; Prendre le temps d'écouter le point de vue de l'autre, car sans respect
mutuel, il n'y a aucune possibilité d'entente; Faire la liste des solutions
possibles; Choisir une solution et l'appliquer: il faut choisir une solution
sans gagnant, ni perdant; Faire un retour après quelques jours pour voir
comment ça se passe et réajuster ce qui doit l'être.
VIVRE AVEC LES MÉDICAMENT
LES MÉDICAMENTS: cocktail explosif ou stabilisateur?
L'utilisation de médicaments en psychiatrie fait jaser. Il y
a du pour, il y a du contre, et il y a surtout beaucoup de préjugés. On ne
peut nier cependant que depuis 40 ans, la découverte de nouveaux médicaments a
permis de réels progrès dans les traitements en santé mentale. Avant de
porter un jugement sur les médicaments, il faut prendre le temps d'en
connaître les différentes sortes. On comprendra alors mieux leur utilité
1- Les tranquillisants majeurs (antipsychotiques,
neuroleptiques)
Ces médicaments servent à contrôler les hallucinations,
l'agitation, les idées délirantes. Ils sont prescrits sous forme de comprimés
ou d'injections. Voici les principaux utilisés: Largactil, Tarasan, Clozaril,
Fluanxol, Moditen, Haldol, Loxapac, Nozinan, Trilafon, Orap, Mellaril, Navane,
Stelazine, Modécate...
Ces médicaments sont accompagnés souvent d'effets
secondaires tels que: somnolence, baisse soudaine de tension artérielle au
lever, vertiges et sensations de faiblesse, sécheresse de la bouche, vision
brouillée, difficulté à uriner, constipation... Lorsqu'ils se produisent, il
ne faut pas hésiter à contacter le médecin traitant ou le pharmacien pour se
rassurer. Il faut noter que les effets secondaires tendent à disparaître
après un certain temps.
Il peut aussi y avoir des effets extrapyramidaux: raideurs,
tremblements, agitation, spasmes musculaires, lenteur. Ces symptômes
requièrent d'autres médicaments, appelés antiparkinsoniens, pour neutraliser
leurs effets: Cogentin, Kémadrin, Artane...
Les tranquillisants majeurs sont utilisés pour les troubles
graves tels que la schizophrénie et les psychoses. Ils demandent un suivi
médical régulier.
2- Les antidépresseurs
Ces médicaments sont utilisés pour traiter la dépression
grave et contrôler les comportements agités ou agressifs qui l'accompagnent.
Il y en a trois sortes:
Les renseignements qui suivent sont d'ordre général. Pour
plus de précisions, il faut toujours se référer au médecin traitant ou au
pharmacien.
a) Le groupe des cycliques:
Elavil, Anafranil, Norpramin, Pertofrane, Sinequan, Tofranil,
Novopramine, Aventyl, Surmontil, Asendin, Ludiomil, Désyrel...
Ils peuvent causer des effets secondaires tels que la
sécheresse de la bouche, la vision brouillée, la somnolence, la constipation,
la prise de poids, l'insomnie, les difficultés sexuelles, etc.
b) Le groupe de nouvelle génération inhibiteurs de
recaptage de la sérotonine (IRS et dérivés):
Dans ce groupe, on retrouve des médicaments qui ont été
développés depuis une dizaine d'années. Les plus connus sont: Luvox, Prozac,
Paxil, Serzone, Effexor, Zoloft... Plusieurs études sont en cours sur leur
efficacité. Ces médicaments en agissant sur le recaptage de la sérotonine
ouvriraient une voie intéressante dans le traitement des dépressions et des
troubles obsessionnels.
Les principaux effets secondaires sont la nausée, les
vomissements, l'anxiété, les maux de tête, la sécheresse de la bouche, la
constipation, une sensation de faiblesse, etc. Normalement, ces effets
secondaires s'atténuent et disparaissent avec le temps.
c) Le groupe des inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO et
IRMA):
Nardil, Parnate, Manerix.
Ce sont les plus anciens antidépresseurs, les plus toxiques
et les plus difficiles à utiliser.
Il faut éviter de consommer certains aliments tels le
fromage et le vin et certains médicaments qui pourraient causer de
l'hypertension grave, des palpitations cardiaques et des douleurs à la
poitrine.
Les effets secondaires seraient les mêmes que pour les
antidépresseurs cycliques, avec en plus des bourdonnements d'oreilles et de
l'impuissance sexuelle. Le Nardil et le Parnate sont considérés comme le
dernier choix en raison de l'importance de leurs effets secondaires.
Dans ce groupe, on doit signaler l'apparition du Manerix en
1992. C'est un médicament du même type mais peu toxique. Il constitue un bon
choix de remplacement si les deux autres groupes ne conviennent pas à la
personne.
En conclusion, il faut noter que les antidépresseurs
prennent du temps à agir, soit de deux à trois semaines. Comme les autres
médicaments en santé mentale, ils viennent compléter l'action d'autres
traitements tels que la psychothérapie.
* Le Ludiomil et le Désyrel sont souvent classés dans cette
catégorie, quoique leur composition n'est pas du même type.
3- Les antimaniaques ou stabilisants de l'humeur
Ces médicaments sont utilisés pour traiter les personnes
qui connaissent une période d'euphorie prolongée suivie d'une dépression
grave. On parle alors souvent de maniaco-dépression ou de maladie bipolaire.
Les principaux médicaments utilisés sont: Carbolith,
Lithane, Duralith (3 médicaments à base de lithium) Depakene et Tégrétol.
Les comprimés de lithium sont les plus souvent utilisés. Le
lithium stabilise l'humeur de la personne, de sorte qu'elle puisse manger,
dormir, penser et fonctionner normalement. Il prend plusieurs semaines à agir
(deux à trois semaines). Lors d'une période de manie, on utilise, en
complément au lithium, des anxiolytiques ou des antipsychotiques. Une fois la
crise passée, la personne doit continuer de prendre du lithium, même
lorsqu'elle se sent mieux, afin de prévenir d'autres crises.
Les effets secondaires sont surtout: tremblements, nausées,
diarrhée, besoin fréquent d'uriner, prise de poids, sensation de soif et
rétention d'eau. Le dosage du médicament se fait par prises de sang
régulières. Il demande donc un suivi médical serré.
Le Depakene et le Tégrétol sont prescrits quand le lithium
ne peut être utilisé et demandent eux aussi un suivi médical régulier.
4- Les anxiolytiques
Ces médicaments servent à soulager l'anxiété, relâcher
les muscles et aider à dormir. Ils ont comme inconvénient principal de causer
une dépendance lorsqu'ils sont utilisés plus de 6 mois. Consommés avec de
l'alcool, ils peuvent produire des réactions graves, voire l'arrêt
respiratoire.
Les anxiolytiques les plus connus sont:
Xanax, Lectopam, Librium. Rivotril, Valium, Dalmane, Ativan,
Serax, Restoril, Halcion...
Ils ont comme effets secondaires: étourdissements,
somnolence, perte de coordination musculaire, vision brouillée, agitation,
pertes de mémoire, augmentation de l'appétit, diarrhée.
5- Conclusion
Il n'existe pas de médicament ni de traitement miracle. Les
troubles de santé mentale peuvent avoir des sources autant biologiques,
psychologiques que sociales. Il ne faut pas négliger un de ces aspects. Les
médicaments ont un rôle à jouer pour rétablir un équilibre au niveau du
système nerveux de la personne. Cela permet de diminuer l'état d'urgence et
alors de pouvoir regarder les solutions qui s'offrent à elle.
Il existe une variété de médicaments, chacun a ses
avantages et ses inconvénients. La personne ne doit pas hésiter à poser des
questions au pharmacien, au médecin ou à l'infirmière. Ceci permettra
d'ajuster les médicaments à ses besoins.
ELLE EST BOURRÉE DE PILULES!
Les médicaments sont avant tout des mélanges d'ingrédients
chimiques, d'origine naturelle ou artificielle. Mais depuis longtemps, ils sont
entourés de croyances qui influencent leur utilisation. En voici quelques
exemples:
- Nos croyances (valeurs) personnelles: croire que les médicaments
<naturels sont meilleurs que les médicaments synthétiques.
- Nos croyances religieuses: croire qu'endurer son mal ou sa douleur a
plus de valeur que de se soulager avec un médicament.
- Nos expériences familiales: croire qu'une bonne purgation, comme notre
mère faisait, remet tout notre système en place.
- Nos expériences avec les médecins: croire que tous les médecins ne
font que donner des pilules.
Ces quelques exemples indiquent qu'il y a plusieurs
aspects dans nos croyances qui vont influencer l'utilisation des
médicaments. Heureusement, ces croyances sont remises en question
progressivement par les découvertes de la science sur l'être humain.
Ainsi, on a découvert ces dernières années que la
douleur n'est pas nécessaire au rétablissement de la personne. Les
recherches montrent que plus la personne peut soulager rapidement sa
douleur, plus vite elle retrouve la santé.
Alors dire qu'une personne est "bourrée de pilules,
c'est porter un jugement en fonction de nos croyances. Les médicaments en
psychiatrie ne sont pas là pour détruire quelqu'un, mais plutôt pour
remédier à l'état d'urgence émotionnel et rétablir l'équilibre
bio-psychologique. C'est donc un moyen que la personne prend pour s'aider à
se rétablir.
Nous avons le droit ne pas être d'accord avec
l'utilisation des médicaments en psychiatrie. Cependant, il n'existe
actuellement aucun autre moyen qui s'est avéré efficace pour rétablir
l'équilibre bio-psychologique d'une personne. Les médicaments ont donc un
rôle à jouer. Ils viennent compléter l'action d'autres moyens tels que la
psychothérapie, l'ergothérapie, la thérapie de groupe et aider la
personne à être mieux dans sa peau.
Notre attitude face aux médicaments pourra influencer la
personne que nous aimons à accepter sa médication ou à y résister.
Si la personne que nous aimons avait un problème
cardiaque et devait prendre régulièrement un médicament pour son cœur,
nous l'encouragerions à le faire, n'est-ce pas? Nous devrions avoir la
même attitude positive face à la personne qui souffre d'un trouble de
santé mentale. Si elle est inquiète face à sa médication,
encourageons-la à en parler à son médecin, au pharmacien, au psychiatre
ou à l'infirmière qui la suit. C'est la personne elle-même qui ressent
l'effet des médicaments, c'est elle qui est la mieux placée pour en parler
avec les personnes compétentes et faire ajuster sa médication.
Prenons le temps de réfléchir sur nos croyances face
aux médicaments et sur notre attitude face aux personnes qui en prennent.
Si nous étions malades nous-mêmes, en prendrions-nous? Réfléchir à cela
permet de se réajuster et de faire la part des choses.
VA-T-ELLE PRENDRE CES MÉDICAMENTS LONGTEMPS?
Si le médecin a prescrit des médicaments à la
personne, c'est qu'il considère que pour le fonctionnement de celle-ci,
cette médication peut lui être utile. Les médicaments permettent que la
personne cesse d'être en état d'alerte continuel et qu'elle ne s'épuise
de façon démesurée. Certaines personnes n'ont besoin du soutien des
médicaments que quelques mois, d'autres devront en prendre quelques années
et d'autres, toute leur vie.
Si nous sommes inquiets par rapport à cela, n'hésitons
pas a poser des questions au psychiatre, à l'infirmière psychiatrique ou
au médecin de famille qui suit la personne.
PEUT-ELLE PRENDRE SES MÉDICAMENTS TOUTE SEULE?
Nous sommes souvent inquiets devant une personne qui
souffre. Nous pouvons être portés à faire les choses à sa place, mais ce
n'est pas la meilleure façon de l'aider à retrouver confiance en
elle-même.
À moins que le médecin traitant ne nous ait demandé de
surveiller la prise de médicaments, nous devrions laisser la personne
responsable de prendre sa médication. Nous pouvons lui suggérer d'utiliser
une dosseret, une boîte de pilules avec les jours de la semaine indiqués
sur chaque casier. Ceci lui permettrait de mieux contrôler sa prise de
médicaments.
Si nous craignons qu'elle abuse ou qu'elle oublie de les
prendre, nous pouvons en parler avec son médecin ou garder l’œil ouvert
sans pour autant faire la police qui surveille tout.
Si l'état de la personne se détériore ou ne
s'améliore pas, parlons-en avec elle d'abord puis avec son médecin si nous
sommes trop inquiets.
Rappelons-nous que la personne est responsable de sa
guérison et de son traitement. Nous ne pouvons pas le faire à sa place.
L'accompagnement demeure pour nous le meilleur moyen de lui venir en aide.
ELLE PREND DE L'ALCOOL AVEC SES MÉDICAMENTS
Tout le monde sait que consommer de l'alcool en même
temps que des médicaments n'est pas recommandé, parce que l'alcool vient
défaire le travail des médicaments et que cela peut mettre en danger la
santé de l'individu. Lorsque la personne que nous aimons se permet de
mêler alcool et médicaments, cela peut nous affecter de bien des façons.
Nous pouvons être inquiets pour elle, nous pouvons avoir peur qu'elle perde
le contrôle, qu'elle devienne agressive, nous pouvons être choqués
qu'elle ne soit pas raisonnable...
Pourtant, l'autre personne n'est plus un enfant. Nous
devons alors la considérer comme un adulte responsable de ses choix, même
si ce n'est pas facile.
Nous pouvons lui parler de nos inquiétudes et des effets
concrets que sa façon d'agir a sur nous en précisant nos limites. Nous
avons le droit d'être respectés tout comme elle a le droit au respect.
Mais nous ne pouvons pas la forcer à changer si elle n'est pas prête à !e
faire. Peut-être devrons-nous aller jusqu'à lui demander de vivre ailleurs
si elle continue sa façon de faire. Si la personne ne tient pas compte de
notre point de vue, nous aurons alors le choix de
vivre avec la personne telle qu'elle est ou de la laisser vivre à sa
façon, ailleurs que chez nous.
QUE FAIRE LORSQUE LA PERSONNE DÉCIDE D'ARRÊTER SES
MÉDICAMENTS?
Prendre des médicaments tels que les tranquillisants
majeurs ou les antidépresseurs, occasionne, malheureusement, des effets
secondaires chez la personne: bouche sèche, tremblements, baisse de désir
sexuel, etc. Il arrive que devant ces inconvénients, la personne se lasse
et décide d'arrêter subitement ses médicaments.
Souvent, nous nous sentons démunis, inquiets devant
cela. La première chose à faire, c'est de ne pas paniquer, puis d'en
parler avec la personne: Pourquoi a-t-elle cessé de prendre ses
médicaments? Qu'est-ce qu'elle compte faire si ça va mal? En a-t-elle
parlé avec son médecin avant de prendre sa décision?
Le fait de l'écouter et de lui en parler montre à
l'autre personne que nous nous préoccupons d'elle. C'est important de ne
pas la juger et d'essayer de comprendre son choix même si nous ne sommes
pas d'accord avec ce choix.
Le fait d'arrêter ses médicaments est souvent une
façon pour la personne de tester son contrôle personnel sur sa maladie, et
de vérifier jusqu'à quel point elle est mieux dans sa peau. C'est une
étape importante dans l'évolution de son retour à l'équilibre. Il est
certes préférable qu'elle en parle d'abord avec son médecin traitant,
mais dans le cas contraire, ça ne sert à rien de la juger.
Nous pouvons lui dire que cela nous inquiète malgré
tout et que nous voudrions en parler avec son médecin, le pharmacien ou
l'infirmière psychiatrique. Nous pouvons lui dire aussi que nous
l'avertirons lorsque nous nous apercevrons qu'elle agit différemment,
étant donné qu'au bout de quelques jours, les médicaments auront cessé
d'agir.
L'important, c'est que le sujet reste ouvert. Nous nous
sentirons ainsi plus libres d'en parler ou d'intervenir dans l'intérêt de
la personne.
QUE PUIS-JE FAIRE LORSQUE LE PSYCHOTHERAPEUTE, LE
MEDECIN REFUSE DE ME DONNER DE L'INFORMATION?
Malheureusement, il arrive encore que certains
thérapeutes pensent que leur travail se limite à la personne qui vit un
trouble de santé mentale. Ces thérapeutes refusent alors de voir les
membres de la famille comme des intervenants privilégiés pour accompagner
la personne vers une solution. Ces thérapeutes peuvent craindre d'être
coincés entre la personne et les membres de sa famille, ou de manquer de
loyauté envers leur patient, ou de trahir le secret professionnel.
Peut-être que le patient lui-même a manifesté le désir que nous ne
soyons pas informés. Il peut donc y avoir plusieurs raisons pour expliquer
le comportement du thérapeute. Avant de porter un jugement, il est
préférable de poser des questions. Si le médecin ne peut trahir le secret
professionnel, il peut nous donner de l'information sur la maladie mentale.
Heureusement, la plupart des nouveaux psychiatres se sont
initiés à de nouvelles pratiques qui incluent la famille comme faisant
partie des solutions et du traitement. Les mentalités sont donc en voie de
changer.
En attendant, que faire?
Si le psychiatre ne donne pas suite à la demande
d'information, nous pouvons en parler avec la personne qu'il traite et lui
dire que nous aimerions rencontrer son psychiatre. Si celle-ci a des
réticences, nous serons à même de le constater par nous-mêmes.
Laissons-lui le temps de se faire à cette idée.
Nous pouvons énumérer les questions que nous aimerions
poser au psychiatre:
- C'est quoi sa maladie? Qu'il nous l'explique.
- Quels sont les médicaments qu'elle prend?
- Quels sont les effets secondaires?
- En prendra-t-elle longtemps?
- Qu'est-ce qu'on lui fera comme traitement?
Nous pouvons aussi écrire nos questions et les laisser
à la personne. Elle aura le choix de poser elle-même les questions, de
demander à rencontrer le psychiatre avec nous, ou d'ignorer notre demande.
Rappelons-nous que la personne que nous désirons aider
est un adulte, elle a des droits et des responsabilités. Nous ne pouvons
pas la forcer à aller dans le sens que nous désirons. Nous ne pouvons que
lui faire part de nos préoccupations et la laisser agir à sa manière.
La Fédération des Familles et Amis du Malade Mental a
publié une liste de questions à poser au psychiatre. Ceci devrait nous
aider à rédiger notre propre liste.
QUESTIONS À POSER AU PSYCHOTHERAPEUTE, AU MEDECIN
Liste de points à vérifier pour les familles de
personnes atteintes de maladie mentale.
- Quel est le diagnostic? Du point de vue médical, quelle est la nature
de la maladie?
- Que sait-on des causes de la maladie?
- En termes de pourcentage, à quel point êtes-vous sûr du diagnostic?
Si vous n'êtes pas certain, quelles sont les autres possibilités que
vous considérez le plus, et pourquoi?
- Est-ce que l'examen physique inclut un examen neurologique? Si oui,
était-il complet, et quels en sont les résultats?
- Y a-t-il des tests ou examens additionnels que vous recommanderiez à ce
point-ci?
- L'opinion d'un autre psychiatre serait-elle utile à ce stade-ci?
- Quel programme de traitement serait selon vous le plus utile?
Qu'apportera-t-il comme bénéfice?
- Ce programme impliquera-t-il les services d'autres spécialistes
(neurologues, psychologues, travailleurs sociaux, professionnels de la
santé)? Si oui, qui sera responsable de la coordination de ces services?
- Qui pourra répondre à nos questions lorsque vous ne serez pas
disponible?
- Quelle sorte de thérapie prévoyez-vous utiliser et quelle sera votre
contribution à travers l'ensemble du programme de traitement?
- Quels résultats attendez-vous de ce programme? Quelle en sera la
durée, et selon quelle fréquence vous et les autres spécialistes
verrez-vous le patient?
- Qu'est-ce qui indiquera que le patient répond bien au programme?
Combien de temps cela prendra-t-il avant que des signes d'amélioration
apparaissent?
- Quel est le rôle de la famille dans ce programme de traitement? Quel
accès la famille aura-t-elle aux personnes impliquées dans le
traitement?
- Si votre présente évaluation est préliminaire, dans combien de temps
serez-vous en mesure d'établir une évaluation définitive de la maladie
du patient?
- Quelle médication prévoyez-vous utiliser (nom, dosage)? Quels sont les
effets biologiques de cette médication, et qu'attendez-vous comme
résultats? Quels sont les effets secondaires associés à la médication?
Dans combien de temps serez-vous en mesure de dire que la médication est
efficace, et comment le saurons-nous?
- Y a-t-il d'autres médicaments qui seraient appropriés? Si oui,
pourquoi préférez-vous ceux que vous avez choisis?
- Traitez-vous régulièrement d'autres patients ayant cette maladie?
- À quels moments pouvons-nous vous rejoindre?
- Comment assumez-vous la gestion des médicaments et quels symptômes
indiquent qu'ils devraient être augmentés, diminués ou changés?
- Que connaissez-vous des associations de familles et amis de la personne
atteinte de la maladie mentale?
POINTS DE REPÈRE POUR VIVRE AVEC LES MÉDICAMENTS
- Nous questionner sur nos croyances et notre attitude face aux
médicaments.
- Nous renseigner.
- Poser des questions au psychiatre ou au médecin traitant pour
connaître les médicaments et leur utilité dans le traitement de la
maladie
- Laisser à la personne la responsabilité de son traitement et de sa
guérison.
- L'accompagner dans ce qu'elle vit sans faire les choses à sa place.
- Identifier et préciser nos limites par rapport à certains
comportements qui nous déplaisent.
VIVRE UNE BONNE COMMUNICATION
ELLE NE M'ÉCOUTE PAS QUAND JE LUI PARLE
Une des principales difficultés que nous rencontrons dans
notre société aujourd'hui, c'est la difficulté de communiquer avec les
personnes de notre entourage. Pourtant, nous sommes à l'ère de la
communication: radio, télé, magazines et journaux nous communiquent beaucoup
d'informations à longueur de journée.
De nombreuses personnes vont consulter en psychologie parce
qu'elles souffrent d'un manque de communication avec leur conjoint, leur enfant,
etc. Malgré de nombreuses tentatives, elles ne réussissent pas à se sentir
comprises, écoutées.
Communiquer, c'est quelque chose de naturel que nous avons
appris avec nos parents sans nous poser trop de questions. C'est lorsque nous ne
réussissons plus à faire passer nos messages qu'il faut prendre le temps de
regarder notre façon de faire et d'y apporter des correctifs.
Pour communiquer, il faut être au moins deux et en avoir le
désir. Plusieurs personnes font semblant d'écouter, d'autres refusent
carrément tout dialogue et certaines sont prêtes à communiquer.
Dans un premier temps, nous verrons quelques règles à
suivre pour éviter que la communication ne bloque. Dans un deuxième temps,
nous verrons les alternatives possibles lorsque l'autre personne n'est pas
prête à communiquer.
COMMENT ÉVITER QUE ÇA BLOQUE?
Pour communiquer vraiment avec quelqu'un, il y a plusieurs
règles à suivre, de façon à se mettre sur la même longueur d'onde et se
permettre d'être entendu.
Communiquer demande des efforts, il faut changer des
habitudes, se priver de temps pour soi, afin d'enrichir notre relation avec
l'autre. La première question à se poser est donc: Suis-je prêt à faire les
efforts qu'il faut pour communiquer avec l'autre?"
Ensuite, il y a une série de points à respecter pour
éviter les blocages et les malentendus.
1- Choisir un lieu et un moment propices à la communication
Il faut observer quel est le meilleur moment, le meilleur
endroit pour pouvoir échanger avec l'autre, où il sera possible que je parle
et que je sois entendu et que l'autre parle et soit entendu.
- Ce n'est pas quand l'autre écoute la télé...
- Ce n'est pas nécessairement assis à la table avec d'autres personnes.
Cela me demande de tenir compte de la disponibilité de
l'autre autant que de la mienne. Il faut parfois prendre un rendez-vous pour
être sûr d'être entendu.
2- Apprendre à me respecter
Chaque personne a le droit d'être respectée. Ce que je
ressens, m'appartient et est vrai pour moi. J'essaie d'être clair dans mes
attentes, mes limites.
Lorsque je me sens mal à l'aise, je me permets de cesser
une discussion, quitte à y revenir plus tard: Pour l'instant, je préfère
arrêter la discussion là-dessus!
Me respecter, c'est accepter que je suis aussi important
que l'autre personne.
3- Parler en utilisant le JE
Parler avec le JE, c'est prendre position, c'est cesser
de parler sur l'autre, c'est cesser les étiquettes, les comparaisons, les
généralisations. Le JE n'accuse personne.
C'est aussi parler de ce que je suis, de ce que
j'éprouve, de ce que je ressens, de ce que je pense, de ce que je projette
faire.
C'est inviter l'autre à parler de lui, sans rejeter ce
qu'il me dit ou dire comme lui.
C'est éviter les ON, les NOUS, les ILS.
4- Reconnaître le vécu de l'autre
Il arrive souvent de penser que l'autre personne vit les
choses et pense comme nous, alors que chaque personne est unique. Chacun vit
et ressent les choses à sa manière, et ce qu'il vit est vrai pour lui,
même si cela m'apparaît injustifié, inadéquat et inadapté. Je ne suis
pas à l'intérieur de l'autre pour savoir ce qui se passe en lui.
Reconnaître l'autre, c'est aussi départager ce qui
m'appartient et ce qui appartient à l'autre. Bien des conflits seraient
évités en cessant de s'imaginer que tout le monde vit la vie de la même
façon. Aimer quelqu'un, ce n'est donc pas fusionner avec lui, c'est plutôt
accepter sa différence.
5- Éviter les jugements, les accusations, les reproches
Donner des ordres, faire des menaces, faire la morale,
imposer des solutions, argumenter, juger ou blâmer, ridiculiser,
interpréter, enquêter, faire de l'humour ou nier les sentiments de
l'autre sont autant de moyens pour bloquer la communication. Ils font
sentir à l'autre personne qu'elle est inférieure et qu'on ne la respecte
pas dans ce qu'elle est.
Toutes ces attitudes sont utilisées fréquemment dans la
vie courante, c'est pourquoi il est difficile de les mettre de côté. En
faisant attention à notre façon de parler à l'autre, nous pouvons
réussir à éviter ces pièges et nous mettre vraiment à l'écoute de
l'autre personne.
6- Éviter d'accumuler
Dire au fur et à mesure ce que je ressens permet
d'éviter d'accumuler les rancoeurs, les malentendus ou les ressentiments.
Vivre une journée à la fois et régler les difficultés au fur et à
mesure sont aussi des moyens d'éviter d'exploser, de se mettre en colère
puis de le regretter.
7- Éviter de devenir responsable des besoins ou désirs
de l'autre
Souvent quand nous aimons quelqu'un, nous sommes portés
à vouloir lui faire plaisir, à satisfaire ses besoins, ses désirs, un peu
comme nos parents ont fait quand nous étions petits.
Tant qu'une personne se sent bien de prendre soin de
l'autre ainsi, ça va. Avec le temps, elle réalise que ce qu'elle fait
n'est plus apprécié comme avant ou que l'autre personne en demande
toujours plus. Il faut alors apporter des changements à notre façon
d'aimer.
Il est important de savoir que personne n'est responsable
des besoins d'une autre personne, à moins d'être en situation d'urgence.
L'autre est capable de s'occuper de ses besoins et nous sommes responsables
de nos besoins.
En cessant de faire les choses à la place de l'autre, je
l'encourage à être autonome, à se prendre en main et aussi à me
percevoir sur un pied d'égalité, donc à me traiter comme son égal.
Il faut parfois se faire aider pour se débarrasser de la
culpabilité qui nous habite lorsque nous changeons notre façon d'aimer
l'autre, mais avec le temps, nous nous sentons soulagés d'un poids énorme.
Nous pouvons alors savourer la vie avec l'autre, pleinement.
ELLE NE VEUT RIEN SAVOIR!
Nous avons tenté de communiquer avec l'autre personne et
celle-ci ne veut pas communiquer comme nous le désirons! Malheureusement,
nous ne pouvons pas forcer l'autre à communiquer. Plus nous insistons, plus
nous ajoutons des obstacles à notre relation et plus nous l'encourageons à
résister, à rester sur ses positions parce qu'elle ne se sentira pas
respectée.
Que faire alors?
- Il faut d'abord reconnaître que l'autre personne a le droit de ne pas
vouloir communiquer comme nous le souhaiterions. Ce que nous trouvons bon
pour nous, ne l'est pas nécessairement pour l'autre.
- Si nous ne pouvons changer l'autre, nous pouvons nous changer. Nous
pouvons cesser d'attendre son approbation avant d'agir.
Ex.: Il ne veut pas sortir rendre visite à Hélène,
alors j'y vais seul!"
- Au lieu d'accumuler les frustrations, nous nous permettons de lui dire
au fur et à mesure les choses que nous n'aimons pas qu'il fasse.
Ex.: Je n'aime pas quand tu parles sur ce ton, veux-tu
cesser S.V.P."
- Nous pouvons mettre nos limites de façon claire.
Ex.: Je n'aime pas quand tu prends des engagements sans
me consulter; je n'ai pas le goût d'aller chez Maxime, tu peux y aller tout
seul.
- Nous nous permettons de dire notre opinion ou de faire ce qui nous
plaît, même si cela risque de déranger l'autre. Lorsque cela le
dérangera trop, il pourra nous en parler et nous pourrons peut-être
trouver un compromis ensemble.
- Nous n'acceptons plus d'être jugés, blessés par l'autre et nous nous
permettons de nous retirer au besoin lors de ces situations.
- Nous ne laissons plus l'autre décider pour nous. Au lieu de nous
laisser diriger, nous prenons notre vie en main.
En changeant notre attitude dans la relation avec l'autre
personne, nous prenons position différemment et nous invitons l'autre à se
repositionner, ce qui entraînera un changement. Communiquer, c'est
engageant, mais cela vaut la peine de s'y attarder pour trouver un nouvel
équilibre.
POINTS DE REPÈRE POUR VIVRE UNE BONNE COMMUNICATION
- Choisir un moment et un lieu favorables à la communication;
- Apprendre à nous respecter;
- Parler en utilisant le JE;
- Reconnaître le vécu de l'autre
- Éviter les accusations, les reproches, les jugements;
- Éviter d'accumuler;
- Éviter de devenir responsable des besoins ou désirs de l'autre.
- Quand l'autre personne n'est pas prête à communiquer comme nous le
désirons, nous pouvons:
- Cesser d'attendre son approbation;
- Mettre nos limites;
- Nous permettre de dire notre opinion ou de faire ce qui nous plaît;
- Ne plus accepter d'être jugé, blâmé;
- Ne pas laisser l'autre décider pour nous;
- Lui laisser le temps de s'ouvrir à la communication.
QU'EST-CE QUI AUGMENTE L'AGRESSIVITÉ?
Si chaque personne est unique, si chacun a son seuil de
tolérance face aux frustrations, des études ont identifié neuf facteurs
susceptibles de déclencher de l'agressivité chez une personne.
1- L'espace vital
Chaque personne a un espace vital, une zone minimale où
elle se sent à l'aise, où elle n'est pas menacée. L'espace vital n'est pas
un lieu mais la distance entre soi et les autres, distance dans laquelle je
suis à l'aise.
Mon espace vital peut changer selon l'endroit où je suis,
avec qui je suis et selon mon humeur.
Une personne qui se sentira envahie dans son espace vital
pourra se sentir menacée et devenir agressive. Il suffit souvent de rétablir
une certaine distance pour diminuer la tension.
Par exemple, rester sur le seuil de la porte de la chambre
et demander si nous pouvons entrer au lieu d'entrer directement et de
s'asseoir sur le lit de l'autre
2- La communication
Notre façon de parler, notre ton de voix, nos attitudes
sont autant d'indices qui peuvent provoquer des tensions chez l'autre et
susciter des réactions agressives. Prenons le temps d'observer notre façon
de communiquer. Parfois, juste changer notre façon de nous adresser à
l'autre diminuera la tension.
3- L'estime de soi
Toute personne a besoin de se sentir reconnue, respectée
dans ce qu'elle est, ce qu'elle vit. Même si, pour nous, ce qu'elle vit ou
dit n'a pas de sens, il ne sert à rien de juger l'autre. La personne doit se
sentir respectée. Comment montrons-nous à l'autre que nous la respectons
dans ce qu'elle est?
- Fouillons-nous dans ses tiroirs ou lui demandons-nous directement les
renseignements que nous cherchons?
- Cognons-nous avant d'entrer dans sa chambre ou entrons nous sans
frapper?
- Sommes-nous portés à la traiter de noms tels que: idiot, imbécile,
etc.?
Le manque de respect suscite des tensions chez la
personne et elle peut exploser.
4- La sécurité
Chaque personne a besoin de se sentir protégée contre
des dangers réels ou qu'elle imagine. Souvent la personne qui vit un
trouble de santé mentale est portée à imaginer le pire. Si elle sent
qu'on ne la croit pas, qu'on doute d'elle-même, elle ressent une tension
intérieure et peut devenir agressive.
Même si nous jugeons qu'elle n'a pas raison d'avoir
peur, ça ne sert à rien de la contredire. Il vaut mieux chercher avec elle
ce qui peut la rassurer pour diminuer sa tension.
- Prenons-nous le temps d'écouter ce que l'autre personne nous dit ou
sommes-nous portés à lui dire "Y'a rien là" et à changer de
sujet?
- Quelle est notre attitude face à quelqu'un d'insécure?
5- L'autonomie
Malgré ses limites, chaque personne a la capacité de
faire des choix. Si nous faisons tout à la place de l'autre, nous risquons
de lui faire vivre des frustrations qui s'exprimeront par de l'agressivité.
Cela ne veut pas dire de laisser faire, mais plutôt de trouver un
équilibre entre l'autonomie de l'autre et la nôtre.
Parfois, il faut hospitaliser quelqu'un contre sa
volonté, pour nous respecter nous-mêmes parce que nous n'en pouvons plus.
D'autres fois, il faut laisser l'autre décider de ses activités, de la
façon de prendre ses médicaments, etc.
Si nous favorisons la capacité de choisir chez une
personne, nous la traitons comme quelqu'un qui est notre égal. Quand nous
choisissons pour elle constamment, nous lui faisons sentir qu'elle est
inférieure à nous
- Comment respectons-nous l'autonomie de l'autre?
6- Le rythme
Chaque personne a son propre rythme. Certaines sont rapides,
alors que d'autres sont plutôt lentes à agir, à prendre des décisions.
Si la personne se sent bousculée dans le temps, elle peut
devenir frustrée et agressive; si nous respectons son rythme, elle acceptera
plus facilement nos suggestions.
- Connaissons-nous le rythme de l'autre personne?
- Comment en tenons-nous compte dans notre relation avec elle?
7- L'identité
Chaque personne a besoin d'être reconnue comme une
personne unique, c'est-à-dire qu'on la voit telle qu'elle est, qu'on ne la
compare pas à quelqu'un d'autre.
Si la personne se sent traitée comme un cas ou comme une
étiquette: schizophrène, dépressif, P.M.D., elle peut se sentir jugée,
diminuée et vivre des frustrations. Alors que si on s'adresse à Jean, à
Louise, soit à la personne qui souffre et que nous prenons le temps
d'écouter son vécu, elle se sentira respectée, reconnue comme une
personne à part entière.
Reconnaître quelqu'un, ce n'est pas accepter tous ses
comportements, c'est reconnaître sa valeur et faire la différence avec sa
façon d'agir: J'aime ce que tu es mais je n'aime pas quand tu cries après
moi !
- Comment montrons-nous à l'autre personne que nous l'acceptons telle
qu'elle est?
8- Le confort
Toute personne qui souffre, cherche à se libérer de sa
souffrance et à retrouver un état de confort.
La personne qui a un trouble de santé mentale, vit un
inconfort profond au plan psychologique et physique. Les médicaments
agissent d'abord au plan physique en rétablissant le sommeil, l'appétit,
l'humeur. Cela prend plus de temps pour rétablir un équilibre
psychologique. Souvent la personne qui est hospitalisée va se plaindre
qu'elle ne voit pas son psychiatre, que les entrevues sont brèves et que le
psychiatre ne prend pas le temps de l'écouter.
Le fait d'écouter la souffrance de l'autre personne, de
lui parler des limites dont on dispose pour la soulager et des moyens
qu'elle peut elle-même prendre pour favoriser son soulagement, sont des
moyens de l'aider à retrouver un certain confort.
Lorsque la personne souffre et qu'elle ne sent pas que
nous reconnaissons sa souffrance, elle peut vivre des frustrations et
s'emporter.
- Que faisons-nous pour montrer à l'autre personne que nous reconnaissons
qu'elle souffre?
- Que faisons-nous devant sa souffrance?
9- La compréhension
Toute personne a besoin de se sentir comprise dans ce
qu'elle vit: cela veut dire se sentir écoutée, acceptée, respectée et
accompagnée dans son vécu. Le fait de ne pas se sentir comprise peut être
vécu comme un obstacle majeur à la communication, et faire vivre des
frustrations et de l'agressivité.
Comprendre l'autre, ce n'est pas chercher à tout savoir,
c'est l'accompagner dans ce qu'il vit, sans juger, sans critiquer.
- Que faisons-nous pour communiquer à l'autre que nous comprenons ce
qu'il vit?
APPRENDRE À SE RESPECTER
Les facteurs qui précèdent aident à mieux comprendre et
à agir avec une personne agressive, mais il est important de tenir compte de
nous-mêmes, de nos limites et de notre façon de réagir devant des
comportements agressifs.
Chaque personne a sa façon de réagir devant
l'agressivité et cela dépend de son tempérament, de ses expériences
passées avec des personnes agressives.
La plupart des personnes sont impressionnées devant des
comportements agressifs:
On peut:
- Avoir peur;
- Se sentir menacé;
- Se sentir impuissant;
- Avoir envie de faire mal à l'autre;
- Se sentir coincé
Il est important de ne pas nous mettre en situation de
crise nous-mêmes:
- Permettons-nous de nous retirer si la situation est trop tendue;
- N'essayons pas de la raisonner ou de lui faire la morale;
- N'essayons pas de lui parler de notre peur, protégeons-nous d'abord.
Une fois la crise passée, nous pourrons toujours lui parler de ce que
nous avons vécu;
- Ne cherchons pas à la maîtriser, ni à l'affronter;
- N'hésitons pas à aller chercher de l'aide.
En nous respectant, nous encourageons l'autre à nous
respecter. S'il nous arrive de vivre des situations d'agressivité,
n'hésitons pas à aller consulter, à l'Association Nalpa ou à un professionnel de la santé
mental de notre région.
1- RESPECTER L'AUTRE
En faisant attention aux points suivants:
- Son espace vital;
- Notre communication avec l'autre;
- Son estime de soi;
- Sa sécurité;
- Son autonomie;
- Son rythme;
- Son identité;
- Son confort;
- Son besoin d'être compris.
2- NOUS RESPECTER
- Nous permettre de nous retirer lorsque nous ressentons un inconfort;
- Ne pas essayer de raisonner, de faire la morale à l'autre;
- Ne pas essayer de parler de notre vécu quand l'autre est en crise;
- Ne pas chercher à l'affronter;
- Nous permettre d'aller chercher de l'aide;
- Ne pas paniquer.
VIVRE LES SITUATIONS D'ISOLEMENT ET DE RETRAIT
A CHAQUE FOIS QUE LA VISITE ARRIVE, ELLE S'EN VA DANS SA
CHAMBRE
Vivre un trouble de santé mentale n'est pas facile à
accepter. Si certaines personnes ont tendance à exploser, d'autres sont
portées à se retirer, à s'isoler de leur entourage. Pour les autres membres
de la famille, ce n'est pas facile à vivre, ils ne savent comment agir devant
cela. Faut-il la laisser tranquille ou bien aller la chercher?
Il n'y a évidemment pas de recette miracle. Il faut prendre
le temps d'observer ce que la personne vit avant d'agir. En s'isolant, elle
essaie de nous communiquer un message tel que:
- J'ai peur que tu me juges ou que les autres me jugent.
- J'ai de la difficulté à accepter ma maladie.
- J'ai l'impression de n'avoir rien à dire, de ne rien valoir.
- Je ne me comprends plus.
- J'ai besoin de me retirer pour récupérer, pour voir clair en moi.
- Je ne me sens pas bien avec cette personne.
- Je suis épuisée et j'ai besoin de me reposer.
Ce ne sont que quelques exemples de ce qui peut se passer
dans la tête d'une personne qui s'isole. Comme nous vivons avec cette
personne, nous sommes mieux placés pour avoir une idée de ce qu'elle vit
et pour lui en parler au besoin.
L'isolement n'est pas mauvais en soi, cela permet souvent
de récupérer ses forces physiques et/ou mentales. C'est lorsque la
personne se sert de l'isolement pour fuir constamment le contact avec ses
proches que nous devons nous inquiéter.
Ex.: Ne plus prendre ses repas en famille, ne plus parler
aux autres, même des banalités de la vie.
L'isolement peut alors indiquer une détérioration de
l'état de la personne, voire même une évolution vers le suicide. Il
devient alors important de briser l'isolement.
RECONNAÎTRE LES SIGNAUX D'ALARME
L'isolement de la personne peut devenir inquiétant s'il
s'accompagne des comportements suivants:
- La personne a de la difficulté à dormir ou elle a tendance à dormir
beaucoup;
- Elle n'a plus d'appétit ou est portée à manger continuellement;
- Son comportement change de façon marquée: elle était active et
devient de plus en plus passive ou l'inverse;
- Elle consomme davantage d'alcool et/ou de drogues;
- Elle change d'humeur de plus en plus fréquemment: elle s'emporte
facilement, elle pleure ou rit pour un rien, elle devient négative de
plus en plus.
- Elle lance des messages (en paroles ou par écrit) de désespoir:
- Vous allez enfin avoir la paix!
- Je vais partir loin et pour longtemps!
- Vous allez être débarrassé de moi!
- Je ne suis bon à rien!
- Je ne vous embêterai plus!
- Je vais me tuer un de ces jours!
Ces messages peuvent souvent être des sous-entendus pour
que nous ne comprenions pas clairement ce qu'elle veut dire.
- Elle donne des objets précieux: des vêtements, une collection de
disques ou cassettes, etc.;
- Elle fait un testament;
- Elle valorise le courage de ceux qui se sont suicidés.
Tous ces comportements nous indiquent que la personne
souffre davantage. Nous sentirons probablement que la situation devient de
plus en plus tendue à la maison; alors il faut agir avant que la personne
ne se laisse aller au découragement et au suicide.
COMMENT BRISER L'ISOLEMENT?
1- Nous respecter
Nous pouvons nous sentir mal devant la souffrance de
l'autre personne. Le fait qu'elle se retire ainsi peut éveiller en nous
divers sentiments tels que: de l'impuissance, de la colère, de la peur, une
grande lassitude ou un découragement. Toutes ces réactions sont possibles.
Il faut tenir compte de nos capacités. Ça ne sert à rien de nous forcer
à agir quand le coeur n'y est pas. Il est préférable d'aller chercher de
l'aide ou du soutien auprès d'une ressource comme l'Association des Parents
et Amis du Malade Mental ou le Centre de Prévention du Suicide de notre
région.
Nous pouvons aussi demander à quelqu'un d'autre de la
famille d'agir auprès de la personne pour briser l'isolement.
Si nous nous sentons bien avec nous-mêmes, nous serons
en meilleure position pour aider l'autre personne à retrouver son
équilibre et son bien-être.
2- Oser parler à la personne
Dans notre société, nous ne prenons pas assez le temps
de nous parler et de nous écouter. Devant une personne qui s'isole, nous
devons oser aller lui parler de ce qui nous inquiète, de nos sentiments:
- Je suis inquiet parce qu'à chaque fois que l'oncle Raymond vient à la
maison, tu t'en vas dans ta chambre! Est-ce qu'il y a quelque chose qui te
dérange quand il vient?"
- Je suis inquiet parce que tu ne ris plus comme avant, tu ne veux plus
manger avec nous; tu ne me parles plus, qu'est-ce qui ne va pas? Veux-tu
m'en parler?
- Je suis inquiet, j'ai peur que tu aies envie de mourir comme l'autre
fois.
En osant parler de nos inquiétudes, nous ouvrons une
porte, nous faisons baisser la tension du silence et nous permettons à la
personne de parler de ce qui la préoccupe. Même si elle ne nous répond
pas tout de suite, elle sait qu'elle pourra le faire lorsqu'elle sera
prête.
3- Continuer à l'inclure dans les projets et les
activités de la famille
Même si la personne cherche à s'isoler, il ne faut pas
cesser de lui proposer des projets ou des activités que nous avons le goût
de vivre avec elle.
- "Viens-tu magasiner avec moi, nous pourrions aller prendre un café
tous les deux?"
- "Je vais jouer aux quilles, veux-tu m'accompagner?"
Lorsque nous continuons à l'inclure dans notre vie, la
personne reçoit comme message que nous nous préoccupons d'elle. Nous
pouvons lui parler de nos sentiments lorsqu'elle refuse de nous accompagner.
- Je suis déçu que tu ne viennes pas avec moi aujourd'hui, j'espère que
nous nous reprendrons."
Parler de ce que nous ressentons est aussi une façon
d'inclure l'autre dans notre vie et de lui montrer qu'elle a de
l'importance.
4- Demander à d'autres personnes de s'impliquer
La personne qui s'isole peut souvent couper les contacts
avec ses amis ou ses connaissances pour se replier sur elle-même. Il faut
parfois demander aux personnes qui étaient proches de venir lui rendre
visite de temps à autre pour qu'elle sente que nous ne l'avons pas
oubliée. Lorsque la personne réalisera que nous continuons de nous
intéresser à elle malgré ce qui lui est arrivé, elle se sentira
davantage en confiance et pourra reprendre une vie normale.
5- Ne pas hésiter à chercher de l'aide
Si malgré nos efforts, il ne se produit pas de
changement et que la personne continue à s'isoler davantage, n'hésitons
pas à demander l'aide de l'Association Nalpa.
Même si la personne est choquée et nous reproche
d'avoir osé parler de ce qu'elle vit à un étranger, lorsque la situation
de crise sera passée, elle appréciera que nous ayons osé briser son
isolement et que nous lui ayons donné une chance de vivre en allant
chercher de l'aide.
POINTS DE REPÈRE POUR VIVRE LES SITUATIONS D'ISOLEMENT ET
DE RETRAIT
Reconnaître ce que la personne veut nous dire en s'isolant.
Reconnaître les signaux d'alarme.
Nous respecter.
Oser parler à la personne de notre inquiétude.
Continuer de l'inclure dans les activités et projets familiaux.
Demander à d'autres personnes de s'impliquer.
Ne pas hésiter à chercher de l'aide dans notre région:
l'Association Nalpa
Au médecin traitant
Au Centre de Prévention du Suicide
VIVRE LES PRÉJUGÉS
POURQUOI ÇA NOUS ARRIVE?
Lorsqu'un trouble de santé mentale vient affecter une
personne de notre famille, nous nous sentons soudainement dépourvus, démunis
et toutes sortes de questions surgissent dans notre tête:
- Pourquoi ça m'arrive?
- Qu'est-ce que j'ai fait de travers?
- Est-ce que j'aurais pu éviter cela?
- Est-ce que c'est une punition pour les erreurs que j'ai faites?
- Comment ça se fait?
- Est-ce que je lui ai transmis cela?
- Est-ce que ça vient de ma grand-mère qui a fait une grosse dépression
en 1949?
- Est-ce que...
- Pourquoi...
Ces questions restent souvent sans réponses; tout ce
qu'elles font, c'est entretenir le doute et la confusion. Quand nous aimons
quelqu'un, nous sommes souvent portés à nous sentir responsables de lui,
à être joyeux quand il est joyeux et à pleurer quand il est triste. Mais
aimer quelqu'un, ce n'est pas se fusionner avec lui, c'est plutôt
reconnaître la personne telle qu'elle est, avec ses différences et ses
ressemblances.
Cette personne que j'aime a ses qualités, ses défauts
et surtout sa façon à elle de faire face aux difficultés de la vie. Elle
a son caractère et doit apprendre à vivre avec ce qu'elle est. Ce n'est
pas en faisant tout pour elle que je l'aide à être autonome, à vivre sa
vie.
En reconnaissant ce que la personne est, qu'elle est
différente de moi, j'apprends à me dégager et à reconnaître ce qui
m'appartient et ce qui appartient à l'autre. Je peux alors
m'occuper de ce qui m'appartient et laisser à l'autre la responsabilité
d'elle-même.
J'AI HONTE!
Il existe encore malheureusement de nombreux préjugés
face à la maladie mentale. Un trouble de santé mentale vient questionner
notre intimité psychologique, notre façon de vivre, alors qu'un trouble
physique tel qu'un infarctus, une jambe cassée ou une crise de foie sont
perçus comme ayant des causes extérieures à la personne.
Dans les années 50, on cachait encore les malades dans
des grands hôpitaux. Avec l'arrivée des
médicaments en psychiatrie, on a commencé à retourner les gens vivre dans
leur communauté, sans toutefois aider la communauté à changer ses
perceptions face à la maladie mentale.
Quand la télé, la radio, les journaux lancent des
phrases-chocs telles que: ..Père manquant, fils manqué", .Ma mère,
mon miroir, etc., ces phrases entretiennent le préjugé que tous les
problèmes psychologiques d'un individu viennent de son enfance, donc de ses
parents.
Il est important de rétablir les faits au lieu de porter
un jugement facile. Les recherches en psychologie confirment que les
premières années de vie sont importantes, car c'est là que l'enfant fait
ses premiers apprentissages qui lui serviront tout au long de son existence.
Cependant, plusieurs facteurs vont influencer
l'évolution de l'enfant vers l'âge adulte. Les parents sont évidemment
des acteurs importants car ils sont les premiers guides pour l'enfant. Il y
a aussi ses capacités physiques et intellectuelles, sa façon d'aborder les
difficultés, les autres personnes qu'il côtoiera à l'école puis au
travail, le contexte social et culturel dans lequel il vivra. Tous ces
facteurs façonneront peu à peu la personnalité de l'enfant. Comme il n'y
a personne de parfait, chaque personne doit apprendre à composer avec les
manques qu'elle a vécus. Ça ne sert à rien de blâmer les autres. Même
si je blâme mes parents pour ce qui m'arrive, cela ne m'aide pas à trouver
une solution pour être bien dans ma vie.
Lorsque notre enfant nous rend responsables de ses
malheurs, nous pouvons à la longue nous sentir dépassés, démolis ou
même coupables.
Il est important de parler pour nous libérer de ces
sentiments et pour retrouver confiance en nous-mêmes. A l'Association Nalpa, on nous écoutera, on nous permettra de
partager avec d'autres personnes ces sentiments et surtout, on nous aidera
à nous rassurer.
Nous découvrirons ainsi:
- Qu'il n'y a pas de parents ou de conjoints parfaits, il n'y a que des
humains qui font leur possible;
- Que le métier de parents s'apprend en le vivant, pas dans les livres;
- Que tout le monde a le droit de se tromper et que nous pouvons apprendre
de nos erreurs;
- Que lorsque nous reconnaissons nos erreurs, nous nous permettons de
trouver une solution pour améliorer la situation ou la relation avec
l'autre;
- Que lorsque nous reconnaissons nos limites, nous aidons l'autre à
reconnaître ses propres limites. Cela ne veut pas dire que nous ne
l'aimons pas;
- Que chaque parent a en soi le désir de voir son enfant heureux, mais
qu'il n'est pas responsable du bonheur de son enfant, ni de son malheur:
- Que chaque parent fait son possible avec le bagage qu'il a;
- Que chaque personne doit apprendre à vivre avec les manques, les
lacunes qu'elle a vécus;
- Que ça ne sert à rien de nous blâmer ou de blâmer les autres, pour
ce qui arrive;
- Qu'en parlant ouvertement de ce que nous vivons, les tensions diminuent
et les préjugés disparaissent;
- Que personne n'est à l'abri d'un trouble de santé mentale;
- Et surtout que nous ne sommes pas seuls à vivre cela.
VAINCRE L'IGNORANCE, POUR VAINCRE LES PRÉJUGÉS!
Les préjugés viennent d'une mauvaise connaissance de la
réalité. C'est plus facile de prendre une réponse toute faite que de
prendre le temps de connaître et de comprendre.
Les recherches sur les troubles de santé mentale se font
de plus en plus nombreuses. Nous commençons seulement à comprendre le
fonctionnement du cerveau, des émotions, de la douleur, etc. Il reste encore
beaucoup de travail à faire pour connaître et comprendre vraiment ce qui se
passe lorsqu'un trouble de santé mentale apparaît chez une personne.
En prenant le temps de lire sur la santé mentale et sur
les différentes maladies, en posant des questions, en assistant à des
soirées d'échange et d'information, nous devenons peu à peu mieux
renseignés sur le sujet. Nous nous débarrassons de nos propres préjugés et
nous devenons en mesure de réajuster les croyances et les préjugés de notre
entourage.
L'Association Nalpa, par ses activités, cherche à changer les mentalités
face à la maladie mentale et ainsi à vaincre les préjugés.
En participant aux activités de l'Association, nous nous
donnons les moyens d'être plus à l'aise face aux troubles de santé mentale
et aussi de faire évoluer les mentalités autour de nous.
SURMONTER LES PRÉJUGES AU TRAVAIL
Lorsque nous aurons fait nous-mêmes une démarche pour
mieux connaître les troubles de santé mentale et que nous aurons surmonté
nos préjugés, nous deviendrons en mesure d'affronter les préjugés de
l'entourage et du milieu du travail. Le meilleur moyen est encore de parler
des craintes que suscite la maladie mentale:
- Est-ce que la personne est capable de fonctionner comme avant?
- Est-ce que cela a affecté ses capacités de travail?
- A-t-elle encore des idées suicidaires?
- Comment savoir si elle fait une rechute?
- Etc.
La personne qui retourne au travail devra affronter les
préjugés de son employeur, de ses collègues de travail. Parfois, il peut
être bon de rencontrer le supérieur immédiat avec la personne, avant le
retour au travail, de façon à la rassurer et à mieux préparer ce retour.
Si le supérieur immédiat préfère garder un rôle administratif et refuse
de nous rencontrer, il faut plutôt soutenir la personne en lui disant qu'au
bout de quelques heures, voire de quelques jours, elle cessera d'être un
objet de curiosité et qu'elle reprendra sa place parmi ses collègues. Elle
doit s'attendre à diverses réactions allant de la sympathie à
l'isolement. Le fait de pouvoir en parler avec nous l'aidera à passer à
travers ces moments difficiles. Restons disponibles si elle désire que nous
l'aidions d'une autre façon. L'important, c'est qu'elle se sente appuyée.
POINTS DE REPÈRE POUR VIVRE LES PRÉJUGÉS
- Arrêter de se demander pourquoi?
- Aller chercher de l'information sur les troubles de santé mentale pour
surmonter nos propres préjugés.
- Accepter de partager nos préoccupations avec d'autres parents.
- Participer aux activités de l'Association des Parents et Amis du
Maladie Mental.
- Parler autour de nous de ce que nous avons appris sur les troubles de
santé mentale.
- Accompagner la personne dans son retour au travail.
- Continuer de rester ouvert face aux problèmes de santé mentale.
CONCLUSION
GARDER L'ESPOIR
Qui n'a pas rêvé de connaître le bonheur, tel que nous
l'ont raconté les contes de fées?
Même si en grandissant, nous nous sommes rendus compte que
la vie n'était pas un conte de fées, l'espoir d'un jour meilleur est demeuré
vivace. Cet espoir en la vie nous permet de surmonter les périodes difficiles.
Car si la vie nous réserve des moments merveilleux, elle
amène également une série de peines ou d'épreuves qui viennent s'interposer
entre les moments de joie et de bien-être. Parmi elles, la maladie d'un proche
est une des plus difficiles à vivre.
Au début, tout nous semble une montagne infranchissable.
Nous cherchons désespérément la solution magique qui pourrait guérir l'autre
personne du mauvais sort qu'est sa maladie. Nous nous frappons peu à peu à un
grand sentiment d'impuissance, car cette magie n'existe pas.
Avec le temps, l'espoir renaît lorsque nous réalisons que
notre rôle est surtout d'accompagner la personne dans sa guérison plutôt que
de chercher à la guérir. Nous découvrons les vertus de la patience, du
respect de l'autre et de nous-mêmes, de l'entraide et de la chaleur humaine. Il
devient alors possible de franchir, avec la personne, l'épreuve qu'est la
maladie. Nous en sortons transformés.
Un jour peut-être serez-vous en mesure d'écrire votre
propre livre de vie et ainsi de partager vos expériences avec d'autres humains
comme vous.
Rappelez-vous que partager ce que l'on vit est encore un des
meilleurs moyens de garder l'espoir en la vie.
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